Premier Lecteur

Aperçus

Pitch et premières pages

Quatre aperçus réellement produits par Premier Lecteur, dans quatre genres différents — pas des livres complets, des échantillons du pitch et des premières pages, tels qu'ils sont montrés à chaque client avant de payer quoi que ce soit.

Envie de lire un livre entier plutôt qu'un aperçu ? La Cour des Trois Puits se lit gratuitement, du début à la fin.

Science-fiction

Le Protocole Vashti

Dystopie polaire — une station coupée du monde, un signal qui change de fréquence.

Onze ans que la station Solstice-9 vit seule sur la calotte antarctique, coupée d'une Terre qui ne répond plus. Dany Okonkwo-Reyes applique chaque jour un protocole de premier contact que personne ne croit destiné à servir un jour. Puis le signal enfoui sous la glace change de fréquence. Elle porte, sans savoir pourquoi, une amulette en cristal transmise par une expédition disparue avant son arrivée. Chaque procédure qu'elle exécute la rapproche d'une vérité que la station a été bâtie pour retarder. Ce que Dany va découvrir sous la glace ne va pas seulement changer sa mission. Cela va changer ce qu'elle croyait être depuis le premier jour.

Lire les premières pages

La glace craque à intervalles réguliers, comme une horloge à l'agonie, et Dany a appris à ne plus lever la tête chaque fois que le bruit remonte le long des câbles du plancher.

Elle tient le rapport de la nuit entre deux doigts gantés, la feuille raide de froid malgré le chauffage, et elle relit la même ligne trois fois sans que les mots changent de sens : signal détecté, fréquence 4,2 hertz, durée 11 secondes, origine sous-glaciaire confirmée.

« Depuis quand on a un protocole pour ça, exactement », dit Riva depuis la console voisine, sans lever les yeux de son écran, comme si la question ne méritait pas qu'on interrompe son travail.

« Depuis toujours », répond Dany, et elle entend elle-même à quel point la phrase sonne creux, apprise par cœur plutôt que comprise.

Elle repose le rapport, ouvre le tiroir métallique sous sa console, celui qui grince toujours au même endroit, et sort le manuel relié en toile grise que personne à Solstice-9 n'a jamais vu quelqu'un écrire.

Protocole Vashti, section trois : en cas de détection d'un signal cyclique en deçà de 500 mètres de profondeur, l'agent en poste applique la procédure de confinement lent avant toute tentative de communication.

Elle referme le manuel sans le lire davantage, parce qu'elle le connaît par cœur depuis six ans, et parce que le savoir par cœur n'a jamais empêché ses mains de trembler légèrement quand elle enfile les gants d'intervention.

Sous sa combinaison, contre sa peau, l'amulette en cristal pèse plus qu'elle ne devrait pour un objet de cette taille, et elle la sent chauffer, très légèrement, comme chaque fois que quelque chose change dans l'air de la station.

« Elle chauffe encore », dit Riva, qui a fini par s'habituer à regarder ce détail plutôt que le visage de Dany pour savoir si la situation est grave.

Dany ne répond pas tout de suite, elle presse la paume contre le renflement sous le tissu, sent la chaleur diffuse remonter jusqu'au poignet, et referme les doigts sur le vide comme pour saisir quelque chose qui n'est pas encore là.

Le hublot givré du poste de contrôle ne montre rien d'autre que le blanc uniforme de la nuit polaire, mais elle s'y approche quand même, le front presque contre la vitre froide, parce que le protocole dit de vérifier visuellement les issues avant toute procédure de confinement, même quand il n'y a rien à voir.

« Ligne descendante stable », annonce une voix synthétique dans les haut-parleurs du plafond, avec la même intonation neutre qu'elle emploierait pour annoncer une simple variation de pression atmosphérique.

Dany ferme les yeux une seconde, le temps d'inspirer l'air trop sec de la station, et rouvre le manuel à la dernière page, celle qu'elle n'a jamais eu besoin de lire jusqu'ici, celle qui commence par : si l'agent porte un artefact de résonance, la présente section devient prioritaire.

Elle relit la phrase deux fois, sent l'amulette chauffer davantage sous sa main, et pour la première fois en six ans d'exécution mécanique d'un protocole qu'elle n'a jamais cru voir appliqué pour de vrai, elle comprend qu'elle n'a jamais lu ce manuel jusqu'au bout parce que quelqu'un, avant elle, a décidé qu'elle ne devait pas savoir ce qu'il contenait avant cette nuit précise.

Science-fiction

Le Registre des Frontières

Turin, une ligne invisible qui se fissure, et un traqueur qui écrit en secret.

Roby Ferrante trace des frontières depuis vingt ans : des Lignes invisibles qui décident, sans appel, qui est humain et qui ne l'est pas. Quand celle de Turin commence à se fissurer sous la Mole Antonelliana, le Cadastre l'envoie traquer ce qui s'en échapperait. Mais ce qu'il traque ne fuit pas la Ligne, il en sort. Entre les arcades de la ville et les archives poussiéreuses où il cache ses vrais manuscrits, Roby doit choisir entre son serment et ce que ses propres cartes lui montrent enfin. Il a jusqu'à la pleine lune d'octobre pour livrer sa proie au Cadastre, ou pour décider que la Ligne elle-même s'est trompée depuis le premier jour.

Lire les premières pages

La Mole Antonelliana perçait la nuit comme une aiguille plantée dans le ventre de Turin, et Roby Ferrante détestait cette image depuis qu'il l'avait écrite, des années plus tôt, dans un roman que personne n'avait lu sous son vrai nom.

Il faisait froid.

Le genre de froid italien qui ment, qui promet le soleil pour midi et vous laisse grelotter jusqu'à onze heures passées, les mains enfoncées dans les poches d'un manteau trop fin pour octobre.

« Tu es en retard », dit Bianca sans lever les yeux de son carnet, assise sur les marches de la Piazza San Carlo, un espresso froid posé à côté d'elle qu'elle n'avait visiblement pas eu l'intention de boire chaud.

— J'ai pris le tram.

— Tu as pris le mauvais tram, tu veux dire.

Elle referma son carnet d'un geste sec, celui où elle notait, depuis des mois, chaque variation de la Ligne au dixième de degré, une obsession que Roby trouvait touchante et légèrement inquiétante à parts égales.

Il s'assit à côté d'elle, sentit le froid de la pierre traverser le tissu de son pantalon, et sortit de sa sacoche la carte qu'on lui avait confiée trois jours plus tôt.

L'encre y bougeait.

Pas beaucoup — un frémissement, comme une respiration retenue sous la surface du papier — mais assez pour que le tracé de la Ligne turinoise, immobile depuis deux siècles, ait dérivé de près d'un centimètre vers l'est.

« Elle recule, dit Bianca. Ou elle avance. On ne sait jamais avec ces choses-là. »

— Elle ne fait ni l'un ni l'autre, elle devrait rester fixe. C'est une Ligne, pas une marée.

— Dis ça à la marée.

Roby ne répondit pas tout de suite. Il regardait la carte, et sous la carte, il pensait à ses carnets à lui, ceux qu'il planquait dans le double fond de sa commode, ceux où un chasseur nommé Ferro poursuivait depuis douze chapitres une créature qui refusait obstinément de correspondre à aucune des catégories que le héros avait apprises.

Personne au Cadastre ne savait qu'il écrivait.

Personne n'aurait dû savoir, surtout pas maintenant, alors que Rome venait de lui confier une mission qui sentait déjà le traquenard à trois cents kilomètres.

« Retrouver ce qui s'échappe de la fissure, récupérer, ramener intact », récita Bianca en imitant la voix nasillarde du délégué romain, celle qu'elle détestait plus que tout au monde, davantage encore que son espresso froid.

— Tu ne l'aimes pas.

— Je n'aime pas les gens qui disent « intact » comme s'il s'agissait d'un colis.

Un chat maigre traversa la place en trois foulées nerveuses et disparut sous une arcade, la queue dressée comme un point d'exclamation.

« Inchiostro », murmura Roby, presque malgré lui, en reconnaissant le chat des archives qui n'avait, en théorie, aucune raison de traîner si loin de la Bibliothèque Reale.

Bianca haussa un sourcil.

« Tu donnes des noms aux chats de gouttière, maintenant ? »

— Je donne des noms à tout ce qui refuse de m'obéir, ça inclut les chats, les Lignes, et apparemment toi.

Elle sourit, un vrai sourire, celui qu'elle réservait aux rares moments où elle oubliait d'être la meilleure élève du Cadastre.

Puis son visage se ferma d'un coup, net, comme une porte qu'on claque.

« Regarde », dit-elle, et elle pointa du doigt, sous la Mole, un point exact où l'air semblait se plisser sur lui-même, comme du papier qu'on froisse sans le déchirer.

Roby se leva.

Ses genoux craquèrent, sa carte trembla dans sa main, et quelque part sous la ville, quelque chose venait de comprendre qu'on le cherchait.

Fantasy

Le Sel et la Cendre

Un traité scellé par du sang, une baie qui répond, un titre qu'on n'a pas choisi.

Rosalinde Léonard a grandi dans l'ombre d'un père qu'on salue et qu'on redoute : Jean Léonard, l'ambassadeur qui a chassé les fées de la baie des Anges il y a vingt ans. Elle croyait connaître cette histoire jusqu'au soir où la mer a répondu à son sang sur les rochers du Château. Le traité signé par son père ne finit pas où elle le pensait, et le titre qu'il refusait de lui transmettre vient de tomber sur ses épaules avec une clause qu'elle n'a pas choisie. Il lui reste jusqu'à la prochaine marée haute pour décider si elle renouvelle l'accord, le rompt, ou révèle enfin ce qu'il retenait sous la baie.

Lire les premières pages

Le sel colle aux paumes de Rosalinde avant même qu'elle ait touché l'eau.

Elle s'en aperçoit sur les marches de la Réserve, ce ponton privé où son père reçoit chaque année les délégués de la baie, et où elle n'a jamais eu le droit de mettre les pieds sans lui.

Ce soir, il n'est pas là.

La mer, en revanche, n'a jamais été aussi immobile — un miroir noir sous les derniers lampadaires du quai des États-Unis, comme si elle attendait quelque chose de précis, à une heure précise.

— Vous n'auriez pas dû venir seule, dit une voix derrière elle.

Rosalinde ne se retourne pas tout de suite. Elle connaît cette voix : Idelette, la messagère que son père recevait en secret depuis des années, celle qu'il appelait « la portière » sans jamais lui donner de vrai nom.

— Il ne répond plus à mes lettres, dit Rosalinde. Trois mois de silence, et vous voudriez que j'attende encore ?

— Votre père a ses raisons. Il en a toujours eu.

Idelette porte, comme chaque fois, un gant unique à la main gauche, l'autre main nue, couverte d'un réseau de cicatrices fines comme des veines de sel séché. Elle ne l'explique jamais, et personne à la Réserve n'ose demander.

— J'ai trouvé ceci dans son bureau, dit Rosalinde en sortant un parchemin roulé, le sceau de la baie encore intact.

— Vous l'avez ouvert.

— Non.

Le mensonge tient une seconde, pas plus. Idelette hausse un sourcil, mais ne dit rien, et c'est pire que n'importe quel reproche.

— Ce sceau ne s'ouvre qu'avec le sang de l'ambassadeur, dit-elle enfin. Le vôtre, ou le sien.

— Alors expliquez-moi pourquoi il est fendu sur les bords, comme si quelqu'un avait essayé et renoncé.

Le vent tourne, apportant une odeur d'algues brûlées, âcre et presque sucrée, celle que Rosalinde associe depuis l'enfance aux nuits où son père rentrait tard, les mains gantées de noir, sans jamais vouloir dire d'où il venait.

Elle serre le parchemin contre elle. Le papier est froid comme une pierre sortie de la mer.

— Il m'a menti pendant vingt ans, dit-elle. Sur tout.

— Il vous a protégée, corrige Idelette. Ce n'est pas la même chose, même si ça y ressemble beaucoup de loin.

Au bout du quai, quelque chose remonte à la surface — une lumière verte, brève, aussitôt ravalée par le noir de l'eau.

Rosalinde ne bouge pas.

— Le traité expire à la prochaine marée haute, dit Idelette en désignant la baie d'un geste presque las. Sans ambassadeur pour le renouveler, il tombe. Et vous savez ce que votre père retenait dessous.

— Je ne sais rien du tout. C'est bien le problème.

Idelette s'approche, et pour la première fois elle retire son gant. La cicatrice à l'intérieur de sa paume dessine, très nettement, les mêmes lignes que celles qui viennent d'apparaître sur le poignet de Rosalinde, depuis qu'elle a touché l'eau salée du ponton sans y penser.

— Vous portez le titre depuis ce matin, dit Idelette doucement. Depuis l'instant où votre sang a coulé sur ce sceau.

Le parchemin, dans les mains de Rosalinde, se déroule seul.

Elle ne l'a pas voulu.

Elle recule d'un pas, et la lumière verte, sous l'eau, se rapproche du quai comme attirée par un fil invisible.

Science-fiction

Le Silence de Kapuskasing

Un objet non identifié dans la forêt canadienne, et un contact qui ne parle qu'à un seul homme.

Quand un objet non identifié s'écrase près de Kapuskasing, l'armée canadienne rappelle Ivy Marchand, linguiste habituée aux langues qui s'éteignent, pour ouvrir un dialogue avant que la patience militaire ne s'épuise. Sur place, un guide de chasse du nom de Baltazar Rouleau connaît la forêt mieux que quiconque — et bien plus que cela, découvre Ivy une nuit où elle le suit sans qu'il le sache. L'entité parle déjà. Pas à elle. À lui. Ivy doit décider si elle protège ce contact secret ou si elle le livre à une armée prête à passer en force avant l'hiver, quand la neige rendra la clairière inaccessible pour des mois.

Lire les premières pages

La première fois qu'Ivy Marchand vit Baltazar Rouleau, il portait un lièvre mort à bout de bras, comme on tient une lettre qu'on hésite à ouvrir.

Il traversait le camp sans se presser, entre les tentes vertes et les caisses de matériel encore emballées, et personne ne semblait trouver étrange qu'un civil circule ainsi, un fusil en bandoulière, à trois cents mètres d'un objet tombé du ciel.

— Vous êtes la traductrice, dit-il sans s'arrêter.

Ce n'était pas une question.

— Ivy Marchand. On m'a dit que vous connaissiez le secteur.

— Je le chasse depuis vingt ans.

Il posa le lièvre sur une table de camp, près d'un boîtier d'enregistrement dont le voyant rouge clignotait sans relâche depuis onze jours. Personne n'avait encore réussi à faire taire cette lumière, ni à comprendre ce qu'elle signalait.

Ivy regarda ses mains. Des mains larges, striées de cicatrices fines, celles qu'on récolte à dépecer, à tendre des collets, à démêler du fil de laiton dans le noir.

— On m'a briefée sur les patrouilles, dit-elle. Vous les guidez ?

— Je les empêche de se perdre.

Un sourire, très bref, presque effacé avant d'exister.

Derrière eux, la forêt commençait sans transition, un mur d'épinettes noires si dense que la lumière d'octobre semblait s'y noyer à quelques mètres de la lisière. Ivy avait grandi en ville. Elle n'avait jamais vu d'arbres se refermer ainsi sur eux-mêmes, comme une porte qu'on tire.

— L'objet est à combien de la clairière ?

— Deux kilomètres. Peut-être trois avec la neige qui vient.

— Vous y êtes allé ?

Baltazar ramassa le lièvre.

— Deux fois. Pour vérifier les pièges.

Il mentait. Elle ne le sut pas encore, mais quelque chose dans la manière dont il évitait son regard, dont il choisissait chaque mot comme on choisit une prise sur une paroi, s'inscrivit en elle sans qu'elle sache le nommer.

Le colonel Whitfield l'appela depuis la tente de commandement. Ivy leva la main pour signaler qu'elle arrivait.

— On se reverra, dit-elle à Baltazar.

— C'est un petit camp.

Il s'éloigna vers la forêt, sans un regard en arrière, le lièvre pendu à sa ceinture, et Ivy remarqua seulement plus tard, en revoyant la scène dans sa tête cette nuit-là, qu'il n'avait pas pris le sentier qui menait vers ses collets.

Il avait pris celui qui menait vers l'objet.

Le voyant rouge clignotait toujours quand elle entra sous la tente. Whitfield lui tendit un rapport de trois pages, rédigé par les linguistes militaires, qui décrivait des motifs sonores captés la veille. Elle le parcourut vite.

— C'est tout ce qu'on a ?

— Onze jours de silence, et hier soir, ça.

Il fit défiler un enregistrement. Un son bref, presque musical, suivi d'un long vide.

— Qu'est-ce que ça vous dit ?

Ivy ferma les yeux et écouta une seconde fois.

— Ça me dit que quelqu'un lui a déjà parlé avant nous.

Romance

Le Bois qu'on n'a pas vendu

Neuf ans après être partie sans un mot, elle revient vendre la scierie de son père — à lui.

Neuf ans plus tôt, Florence a promis à Samuel de revenir l'épouser, puis elle est partie sans un mot, portée par la honte de sa famille et l'ambition qu'elle s'était choisie. Aujourd'hui architecte à Lyon, elle revient vendre la scierie paternelle en une semaine, pas un jour de plus. Mais l'expert chargé d'évaluer le bois, c'est lui — et il n'a jamais vendu le terrain qu'ils devaient bâtir ensemble. Entre les piles de planches et les vieilles rancunes du village, Florence doit décider : signer l'acte de vente et repartir comme convenu, ou rouvrir une promesse qu'elle croyait enterrée avec son père.

Lire les premières pages

La scierie sentait la résine chaude et la poussière de bois mouillé, une odeur que Florence avait crue oubliée et qui lui revint entière dès qu'elle poussa le portail rouillé.

Neuf ans. Le bâtiment n'avait pas bougé d'un centimètre, ni les piles de grumes empilées le long du hangar, ni la pancarte MAUREL ET FILS à moitié effacée par la pluie.

Elle avait imaginé cent fois ce retour, dans les nuits où le sommeil ne venait pas, et jamais elle n'avait imaginé qu'il ressemblerait à ça : un mardi ordinaire, une clé qui tournait mal dans une serrure, et ses talons qui s'enfonçaient dans la terre battue de la cour.

— Vous cherchez quelqu'un ?

L'homme était sorti du hangar sans qu'elle l'entende, une planche de mélèze sous le bras, une paire de lunettes de protection relevée sur le front. Elle mit une seconde de trop à comprendre que c'était lui.

— Samuel.

Il posa la planche contre le mur, lentement, comme s'il avait besoin de ce geste pour se donner le temps de répondre.

— Florence Maurel. Ça alors.

Rien dans sa voix ne trahissait la surprise. C'était pire que de la colère, cette platitude-là.

— Je viens pour la vente. Le notaire a dû te prévenir qu'il fallait faire expertiser le stock.

— Il m'a prévenu, oui. Il n'a pas précisé que le vendeur, ce serait toi.

Elle serra la bandoulière de son sac contre son épaule. Un réflexe de citadine, ridicule ici, au milieu des copeaux et des chaînes rouillées.

— Mon père est mort, Samuel. Quelqu'un doit s'occuper de ça.

— Je sais qu'il est mort. J'étais à l'enterrement.

Elle ne le savait pas. Elle n'était pas venue.

— Tu étais où, toi, ce jour-là ?

La question tomba sans agressivité, presque douce, ce qui la rendait plus difficile à encaisser qu'un cri. Florence regarda le hangar, les piles de bois, tout ce décor immobile qui n'avait pas attendu sa réponse pour continuer d'exister sans elle.

— À Lyon. Un chantier ne pouvait pas attendre.

— Bien sûr.

Il ramassa la planche, la fit glisser contre son bras comme pour vérifier son grain, un geste d'artisan qui n'avait rien à voir avec elle et qui pourtant lui parut viser juste au centre.

— L'expertise, dit-il enfin. Tu veux la faire quand ?

— Le plus tôt possible. Je repars vendredi.

— Vendredi.

Il répéta le mot comme on soupèse un objet trop léger pour son prix annoncé.

— Tu as toujours été pressée, Florence. Ça n'a pas changé, au moins.

Elle voulut répondre quelque chose de sec, une phrase toute prête sur les gens qui restent et ceux qui partent, mais il avait déjà tourné les talons vers le hangar, et elle se retrouva seule dans la cour, face à un tas de grumes qui portait encore, gravée au marqueur sur l'écorce, la date de la dernière coupe : celle de l'année où elle était partie.

Ces aperçus ont été écrits avec l'assistance d'une intelligence artificielle. Les livres complets sont, eux, systématiquement relus et corrigés ligne à ligne par un éditeur humain avant livraison.